Le saumon, bon ou mauvais pour la santé?…
Voici une réaction écrite suite au visionnement d’un reportage sur le saumon. Je vous suggère de bien lire cet écris. Tout ça donne encore plus à réfléchir…
Si l’on veut à tout prix se pencher sur l’origine [douteuse] des produits alimentaires que nous consommons quotidiennement, il n’est pas besoin d’aller en Scandinavie ou en Asie.. Pourquoi ne pas se pencher sur toute la filière agro-alimentaire française dont nos bonnets rouges et politiques sont si fiers. Ce reportage, très intéressant pour plusieurs raisons, n’en est pas moins bourré de « raccourcis » et parfois d’inexactitudes.
Il n’est un secret pour personne que les poissons de la mer Baltique sont en grande majorité impropres à la consommation, interdit d’exportation à d’autres pays de l’UE ; et qu’exception n’a été faite que pour les pays riverains qui en on fait la demande. Ceux qui se retrouvent dans les farines animales sont des espèces pélagiques en bas de la chaine alimentaire dûment testés pour dioxine et autre contaminants, et leurs usage n’est pas autorisé si ces taux deviennent hors limite. La grande majorité des poissons rentrant dans la composition des ‘croquettes’ pour saumon, ne proviennent pas de la Baltique mais de l’Atlantique Nord-Est, et du Pacifique Sud. Par contre, pourquoi par exemple ne pas demander en France à l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) pourquoi elle n’a plus que des crédits (gouvernementaux) restreints pour tester la dioxine/les PCBs dans les espèces et produits de la mer issus de la Baie de Seine et d’ailleurs… alors que « Les résultats des plans de surveillance et de contrôle mis en œuvre depuis 2005 dans la région baie de Seine ont montré que certaines espèces de poissons présentaient des niveaux de contamination supérieurs aux valeurs réglementaires. » : tourteaux contiennent des dioxines supérieures aux normes, de même pour les maquereaux >40cm et toutes des sardines… La proximité avec les pêcheurs aux bonnets rouges ferait-elle peur à Envoyé Spécial… Pourquoi a-t-il fallu si longtemps pour que l’on déclare les poissons du Rhône et de la Saône impropre à la consommation (cf. dioxine) alors que pendant de longues années moult pêcheurs s’en faisait une fierté de le consommer?
Si l’on veut absolument se pencher sur la « génétique » – et c’est un sujet qui en vaut la peine – [PS : je suis personnellement absolument ‘contre’ le ‘FrankenFish d’AquaBounty sur lequel la FDA doit se prononcer et que j’ai pu voir de mes propres yeux en visitant leurs labo au Canada ; n’empêche que l’affirmation sur le plateau d’Envoyé Spécial selon laquelle « il grossi 4 fois plus gros et 11 fois plus vite » est parfaitement fausse ! Il grandit effectivement jusqu’à 11 fois plus vite, mais sa taille adulte reste la même – encore un ‘petit’ raccourci sur l’information qui embelli à merveille le plateau de saumon toxique servi ce jour là aux téléspectateurs [et de ne pas s’attarder sur le fait que tous les éleveurs de saumons sont absolument contre l’usage hypothétique à l’avenir du saumon OGM ‘AquAdvantage’]… Pourquoi ne pas s’intéresser au fait que la grande majorité de la bière produite/consommée en France (& ailleurs) utilisent des levures produites par des bactéries transgéniques (OGM, idem pour beaucoup de nos bons fromages bien français…). Et sans parler de moult médicaments dont nous sommes – nous les Français – leader mondiaux de la consommation, de la vitamine B, etc… Mais ne faisons pas d’amalgame entre les produits issus d’OGM et les OGM consommés directement, pas plus que nous devons confondre la France avec le reste du monde, les saucisses de Strasbourg ou le cervelas (au ‘plasma’ de porc, fabriqué en Bretagne…) avec l’andouillette maison, et ne mélangeons pas surtout pas à toutes les sauces tous les aliments, bonbons et autres pilules à avaler : le résultat serait un peu indigeste.
Pourtant si c’est la première impression que le visionnage de ce reportage provoque en nous, il en est de même de la méthode journalistique employée pour obtenir ce documentaire (« exceptionnel »).
J’ai pu avoir réponse à une dizaine de question vendredi suite au programme d’Envoyé Spécial de jeudi de la part du NIFES (Institut de recherche norvégien sur les produits de la mer & la nutrition) présenté comme ayant fait « pression » sur l’ex-employée Victoria Bohne et ne pas avoir publié ses travaux, en contactant directement le PDG de l’organisation: Pourquoi ne pas avoir publié l’interview que Nicolas Daniel a eu avec le Dr Robin Ørnsrud au sujet ‘du cas Victoria Bohne’ et de sa thèse/ de ses travaux sur l’ethoxyquine. Pourquoi ne pas avoir mentionné le fait qu’elle a en fait publié deux articles avec NIFES en 2010, et en 2011 alors « qu’on » présente ses travaux comme « non publiés », et à publier « dès que possible » ? Bien sûr, dans le pourquoi du comment, les choses sont en réalité un peu plus compliquées que ce qu’on veut parfois nous faire croire. Et que certains faits ne servent pas forcément la thèse du journaliste. Pourquoi, aussi, taire le fait que le NIFES a déjà communiqué sur l’’EQ’ et y consacre une page entière sur son site web dès 2011 (http://www.nifes.no/index.php?… – y compris en utilisant des test & mesures utilisant la meme limite de 0.005 mg/kg citée pas Envoyé Spécial dans d’autres aliments/nourriture et pour laquelle limite Envoyé Spécial ne trouve rien à redire…?
Cette fameuse ethoxyquine (E324) employé dans les ‘croquettes pour saumons’ est aussi employée dans bien d’autres aliments pour bétail (notamment porc) que nous mangeons tous les jours: pourquoi ne pas demander aux éleveurs bretons s’il ne donnent pas eux aussi à manger des aliments comportant de l’ethoxyquine ? (Et en passant : pourquoi ce silence médiatique au sujet de l’impact environnemental de la filière agro-alimentaire industrielle mondiale/française/bretonne…]), sans parler des algues vertes…
Si l’on veut se poser de vraies questions, commençons à tous être honnêtes avec nous même, avec ce que nous mangeons, buvons et respirons (y compris les micoparticules de diesels subventionnées par l’Etat français et déclarées ouvertement comme « cancérigènes » par l’OMS), utilisons pour nous déplacer, nous chauffer, pour nos vacances et nos loisirs, etc…. Le résultat n’est pas franchement écologique et/ou sans danger pour la santé individuelle et collective des gourmands consommateurs que nous sommes en France… M’enfin… Ah nos bons produits du terroir…
Ceci dit, bien sûr qu’il faut continuer de se pencher sur l’emploi de l’ethoxyquine : l’autorité européenne de sécurité des aliments (l’EFSA) dit bien dans un document de juillet 2013 (http://www.efsa.europa.eu/fr/e… qu’elle ne reconnait pas comme valides les conclusions et la dose maximale décidée (uniquement) pour l’ethoxyquine dans la poire par le FAO/WHO Codex alimentarius de 0.005 mg/kg (cette limite que ne débat pas Envoyé Spécial), et qu’elle recommande que de telles normes soient enfin considérées par les experts pour TOUS les produits alimentaires, pas seulement le saumon. Ceci est en effet préoccupant pour les consommateurs et TOUTE la filière agro-alimentaire (y compris le saumon d’élevage) doit rester sous l’œil vigilant des médias.
Je suis (NB : du verbe « suivre ») la filière du saumon d’élevage depuis longtemps (et quand je fut contacté par Envoyé Spécial en avril dernier, « on » n’a pas voulu que je parle du saumon; ‘ils’ ont (plutôt « il a ») plutôt insisté que je parle du panga ; ma discussion devant caméra (au congrès ‘Seafood’ de Bruxelles) sur le marché du panga et les progrès en cours avec & mon interview avec le Ministre de la Pêche du Vietnam n’ont pas non plus été utilisés, en fin de compte). Je suis au courant de la multitude des sujets à traiter (je ne ménage pas non plus mes critiques en termes d’opposition à l’aquaculture, à ses impacts), mais aussi des énormes progrès fait en l’espace de quelques années…
Pour les antibiotiques : pourquoi ne pas mentionner aussi le fait qu’en moyenne (car chaque société/élevage se comporte différemment, certains n’en emploient pas du tous, d’autres plus ; certains pays aussi sortent du lot [actuellement plutôt le Chili] les éleveurs de saumons consomment près de MILLE fois moins d’antibiotiques qu’il y a une quinzaine d’années (et restent bien en deçà des limites en termes de sécurité alimentaires) alors que dans le même temps l’agriculture française n’a diminué son usage que de 30-40%. Et si on veut vraiment d’attaquer aux problèmes humains de résistance aux antibiotiques, mieux vaudrait se pencher sur l’usage que nous en faisons – nous les Français – sur les conseils de nos médecins (et de l’industrie qui les conseils), dans nos hôpitaux (dont nous sommes si fiers & ce justement à beaucoup de titres)…
Oui, Envoyé Spécial a bien eu raison de se pencher sur la question de ce qui rentre en compte/ dans la composition du saumon d’élevage, dans notre nourriture en général. Dommage que c’eut été fait à la « va vite » malgré sa déclinaison d’« Exceptionnel » reportage. Mais «qu’il » le fasse objectivement, professionnellement, et peut-être sans courir aussi vite vers une course au ‘sensationnalisme’ qui sied mal aux journalistes de France 2, à moins – au moins – de vérifier les faits énoncés et en donnant au moins la parole (ou en la publiant, ce qui revient au même) à tous les interlocuteurs.
Il serait notamment intéressant de comparer – dans un ‘panier’ complet d’aliments de notre quotidien d’où viennent les contaminants (et à quelle dose ?) sans faire des gesticulations journalistiques quand les niveaux sont de dizaine/centaines de fois inférieurs aux seuils minimaux, et en insistant sur les dépassements de seuils… Comparons donc ce qui se trouve dans nos fruits et légumes et viandes français, regardons ce qui est vraiment polluants (divers impacts environnementaux/carbone en utilisant les méthodes de ‘lifecycle assessment – LCA’ etc… sur toutes la filière, ‘de A à Z’), cancérigènes, etc… et dans quelles doses (comparons ce qui est comparable : grammes de XX / gramme de produit alimentaire/consommation quotidienne/annuelle) et ACTONS (plutôt que d’être hypocrites): cessons de manger, de respirer tous ce qui a de néfaste (et accessoirement d’habiter dans la plupart des villes et à Paris notamment – haut lieu de la pollution cancérigène au diesel – ce qui remettrai d’aplomb le marché de l’immobilier…) et cessons de [vouloir] travailler dans tous ces secteurs d’activités polluants (y compris l’agriculture intensive à la « campagne », bien sûr).
Regardons aussi ce qui rentre en compte dans la fabrication de nos logis, de nos appareils/habits, de nos infrastructures (quel impact pour cette autoroute/ce ‘periph’ que nous employons tous), de nos consommation énergétiques (nucléaire soit, mais aussi les énergies renouvelables : qu’elle est la véritable empreinte carbone [pour ne citer qu’elle] de la construction d’une éolienne de 2MW : pour la fabrication de ses composants & de son socle de bétons de centaines de tonnes, pour les engins qui y travaille pendant des mois : et au terme, pour quelle balance énergétique/carbone ?], etc… etc…
Il ne faudrait pas non plus oublier de faire des comparaisons régionales/internationales (nous vivons dans un marché mondial de l’alimentation, on ne peux pas se contenter d’un échantillon et de généraliser à la planète – surtout si on choisi l’échantillon en question) et de renouveler le tout régulièrement, car le tout change constamment et ne sont que des représentations statistiques et parfois bien aléatoires d’un « marché » en constant mouvement.
Mais voilà, tout ceci demande le rigueur, du temps, de l’argent, et exigent de partir dans une telle enquête sans parti-pris.
Cessons de toujours prendre les choses hors de leur contexte en se cachant des impératifs et des lobby-non dits pour faire un reportage qui se veut révélateur tout en continuant à ne rien faire de plus. Une telle « enquête » ne pourrait jamais passer le premier échelon d’un comité de lecture scientifique, mais certaines des questions abordées méritent effectivement d’être suivies : notamment la question de normes pour l’ethoxyquine utilisé dans la nourriture d’espèces (et pas seulement le saumon – ou « le crocodile » – mais aussi le poulet, le bœuf et le porc pour ne citer que les principales espèces consommées par les Français) destinées à la consommation humaine.
Il y a beaucoup de mythes, de non-dits, de lobbying et d’activisme : la « vérité » (nom féminin pas du tout singulier) est quelque part au milieu de tout cela, et elle change constamment : soyons critiques et toujours prêts à nous remettre en question ! Le saumon suscite lui beaucoup – et depuis longtemps – plus l’attention des médias en quête de « scoop », bien plus que d’autres « protéines »/espèces… Et pourtant si nous savions… La aussi on pourrait parler de « complot » et il faut aussi bien s’imaginer que ceci est le résultat de lobbys comme les autres et qu’en fin de compte il y est souvent questions d’enjeux économiques et politiques… ici comme ailleurs.
Non : tous ce qui est vert n’est pas toujours bon, et pareillement, tous ce qui est rouge n’est pas toujours mauvais… France 2 : Soyez moins ‘bleu/blanc/rouge’ et faites plus de journalisme objectif et multicolore! N’oubliez pas non plus de relier les couvertures
médiatiques : les médias/le public/nous ne pouvons pas d’un côté nous insurger contre le diabolique saumon d’élevage ou autre norvégiens, et de l’autre contre le sort injuste des employés ‘Kritsen Marine Harvest’ en Bretagne. C’est aussi ce genre de reportage qui peut faire perdre des emplois. Idem pour le poulet/porc, etc…
Bref cet Envoyé Spécial me laisse sur ma faim, moi qui ‘me bats’ depuis longtemps pour plus de transparence de la part de l’industrie du saumon, et travaille à la faire progresser : ce genre de reportage ne fait qu’envenimer le débat et ne prenant le parti des extrêmes (il aurait « suffit » de prendre les arguments de uns et de les opposer aux autres, dans un premier temps, et d’y apporter – suite à une investigation un plus (scientifiquement) poussée – de véritables éléments de réponse et de « scandale »… Que nenni, mieux vaut taper sur le saumon (étranger) que sur notre bon porc et autres tourteaux français.
En attendant, je m’en vais de ce pas aux champignons (à les bons ceps !) qui ne comportent plus (je l’espère) de traces radioactives des suites du passage du nuage (n’existant qu’à posteriori, ce qui en fait un anachronisme antéchronologique) de Chernobyl…
Bertrand Charron / Rédacteur en Chef de SeafoodIntelligence.com
Publié le 4 février 2014, dans Non classé. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.
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